20130708

Bearn Tèrra liura !

Article d'opinion envoyé le 3 juin à Pyrénées Presse, paru le 1er Juillet (légèrement tronqué par la rédaction, cependant. – NDLR alara vaquí lo tèxte sancièr)

« Pau capitale du Béarn »

par

Abadie Alain : co-fondateur du groupe Los Pagalhós » et de l'O.M.B. (Ostau deu Mòble Biarnés)

Roth Jaquèish : co-fondateur du groupe « Los de Nadau » et de In.òc (Institut Occitan)

Dire que notre monde change est un euphémisme. Parlons plutôt de chamboulement, de mutation phénoménale planétaire... Le constat est irréfutable. Dans ce contexte, force est de reconnaitre qu'aujourd'hui, la société européenne est vieille, dépassée, distancée. Elle ne sera plus le centre du monde ; la France encore moins. Pire, pour nous, Français, la crise n'est plus seulement économique, elle est politique : notre démocratie est usée. Usée par des décennies de centralisme (pour ne pas dire des siècles), de cumul des mandats, de clientélisme, tout cela au détriment des porteurs d'idées ; qui se souvient des théories sur la « démocratie participative » ?

Austérité ! Croissance ! Tout dans le même panier, mais qui croire ? Tous les politiciens sont tellement attachés au pouvoir qu'ils nous abreuvent des leçons apprises dans leurs partis respectifs et nous nous sentons incompétents, ignorants, hors circuit... « Votez pour moi, et vous verrez, je vais faire baisser le chômage, je vais ... ». Mais de qui se fiche-t-on ?

Cela suffit. Nous en avons assez de cette situation, de ces pratiques. Nous voulons de la fraîcheur, de l'honnêteté, nous voulons régénérer la démocratie à notre niveau. Nous voulons reprendre notre destin en main. Nous exigeons d'avoir prise sur ce qui se passe en s'appuyant sur ce que nous connaissons le mieux, l'endroit où nous vivons. Qui nous empêche d'assurer ici un avenir meilleur et des façons de vivre ensemble plus douces, plus humaines, d’instaurer enfin le partage ? Pourquoi n'en serions-nous pas capables ? Nous avons suffisamment de gens compétents pour, inventer, produire, créer des emplois, en utilisant les potentialités de cette terre à l'identité forte. Des avancées décisives sont réalisables maintenant.

Oui, nous, pensons plus que jamais que l'identité est une force majeure et incontournable, la clé de notre avenir. Pour l'instant, celle-ci est mésestimée, ignorée, voire rejetée et snobée par nos grands élus et pourtant elle est la seule opportunité qu'il leur reste puisque tout se joue ailleurs, malgré ce qu'ils prétendent. De plus elle se démarque des clivages politiques car elle est tout d'abord une solidarité qui permet aux gens de se regrouper, de créer, de coopérer, avec enthousiasme pour quelque chose de palpable, de concret et à leur mesure : leur petit pays, qui n’a qu’un désir, s’ouvrir sur le grand monde. De le faire avec la satisfaction d'apporter sa pierre à l'édifice.

En Béarn, la culture d'oc, que nous sommes fiers de partager avec tous les gens du sud, et ceux venus d’ailleurs a créé plus de cent emplois. Qui le dit, qui en parle ?

A ceux qui nous reprochent d'être de dangereux séparatistes menaçant la république nous répliquons : aucune ambigüité pour nous, nous sommes autant Français et Européens que les autres. Avec la chance, c'est vrai, d'être riches de deux langues et de deux cultures. Notre vraie patrie c'est ça ! De plus, et ce n'est pas la moindre des choses, dans cette période compliquée, c'est un socle culturel fort et structurant, pour tous les béarnais de souche ou adoptés ; un socle sécurisant. « Qu’ei doça la calor d’aciu » Elle est douce la chaleur d’ici.

Les armes se sont tues au Pays Basque. Leur peuple n’en est que plus puissant, leur identité est bien là et il faudra d'une façon ou d'une autre que le pouvoir en tienne compte. Aujourd'hui ils veulent un super-département avec des moyens financiers autonomes et un pouvoir de décision. Ils finiront par l'avoir. C’est cela l’esprit de la République qui est chez nous l’héritière des anciens Fors et Fueros. C’est irréversible.

Emboitons-leur le pas, résolument. Demandons un département, une entité béarnaise reconnue, et au diable les appellations. Clamons-le haut et fort, nous n'avons rien à faire de ces « collectivités territoriales » que l'on nous impose, sans âme, sans saveur, au mépris de notre Histoire. Avec celles qui sont riches et celles qui sont pauvres. Autant de baronnies dont nous connaissons déjà les seigneurs qui se partagent ce territoire comme jamais il ne le fut en Béarn. Les soixante dernières années nous enseignent les occasions perdues où une « Collectivité de Communes et de Citoyens », de Garlin à Urdos et de Pontacq à Sauveterre aurait du profiter du partage des richesses du sous sol de Lacq.

Nous avons largement autant d'atouts que nos voisins et amis Basques. Bâtissons, exploitons et jouons de nos différences. Nous serions gagnants dans tous les domaines : localisation du Béarn, solidarité, unité dans les décisions... Ce serait comme les retrouvailles d'une grande famille et il en résulterait une formidable envie collective de construire une société conviviale, sur la base de petites structures saines, efficaces, proches et au service des gens. Non ce n'est pas utopique un toit et du boulot pour tous ! Alors, nous n'aurions qu'une envie, nous ouvrir aux autres.

Que se passe-t-il aujourd'hui. Beaucoup d'élus sont hors sol ; ils pensent que la LGV serait miraculeuse... Que Pau porte des Pyrénées est le bon plan. Par contre, Pau Capitale du Béarn ça aurait une autre gueule, elle retrouverait sa place. Quel cruel manque d'imagination et d'anticipation. Quel décalage avec le monde à venir. Pourquoi nient-ils la réalité historique, la vitalité, la créativité de cette terre. Ont-ils seulement conscience d'être coupés du pays profond ?

Sur ce terrain nous devons agir. Il y a urgence. Pau et le Béarn doivent, pour exister au plus vite, tenir compte de ce que nous proposons.

Alors, nous, citoyens du Béarn, signataires de ce texte, appelons solennellement les gens de ce pays et particulièrement notre jeunesse magnifique, à faire émerger une mouvance pour développer enfin l'idée toute simple d'un avenir heureux ici et maintenant.

Volem víver urós au país.